Ainsi qu’il en avait été convenu au départ, je suis venue en Chine pour travailler. Si, si !
Pour
enseigner à ces chères têtes brunes quelques notions de mathématiques en
français.
« Nommée
à Nankin, au Lycée des langues étrangères », c’était tout ce que je
savais. En dehors de cela, rien ne m’avait été précisé, ni le nombre d’heures
de cours, ni le temps de présence obligatoire dans les murs, ni le niveau des
élèves, ni le nombre d’élèves dans les classes, …
Cependant,
un peu avant de partir, en réponse à mes nombreuses questions, j’avais reçu un
mail me demandant si j’acceptais de donner des cours à option, dont un de
‘’conversation en français’’ où j’avais toute liberté de parler de ce que je
voudrais, math ou pas.
J’étais
bien entendu allée sur Internet cet été, pour avoir quelques renseignements sur
l’enseignement en Chine. D’après les informations grappillées ici ou là,
j’imaginais arriver au lycée vers 7h30 ou 8 heures après une bonne demi-heure
de marche à pied, assister à la montée des couleurs, être obligée de déjeuner à
la cantine tous les jours (une allocation cantine m’étant servie tous les mois
à cet effet), enseigner à des classes de 50 gamins, rester dans un bureau tout
le temps que je ne serais pas devant les élèves, recevoir régulièrement des
élèves dans ce bureau et répondre à leurs nombreuses questions, repartir chez
moi vers 16 ou 17 heures au mieux. Ce
qui semble être le quotidien de nombreux profs chinois.
Quant
à Laurent, il se voyait homme au foyer (courses, cuisine, ménage, enfin bref,
vous imaginez le tableau) et seul toute la journée (cf le commentaire du
premier article de ce blog qui donne une idée de notre état d’esprit avant
le départ).
Pour
nous, la réalité est tout autre.
D’une
part, nous logeons dans l’enceinte du lycée. Il me faut 5 minutes, en traînant beaucoup,
pour arriver en classe !
Ensuite,
aucun bureau ne m‘a été attribué, ce qui fait que mon temps de présence est
limité à mes heures de cours, le reste du temps, je fais ce qui me plaît, quand
ça me plaît, où ça me plaît !
Enfin,
je n’ai que 3 groupes d’élèves : deux groupes de 4ème (enfants
de 13 ans) et un groupe de 5ème (enfants de 12 ans). Deux cours par
semaine pour chaque, ce qui fait, oui, vous avez bien lu, 6 cours
hebdomadaires…
Même
pas honte… En plus chaque cours dure 40 minutes. Et ils sont regroupés par
deux, ce qui me fait 1 h20 de cours trois fois par semaine, mardi, mercredi et
jeudi, tous à 15 h50 car les cours à option sont placés en fin de journée.
Par contre, il y a de la préparation, car
je fais des choses nouvelles par rapport aux années précédentes ! Disons
autant de prép’ que de cours, à peu près.
La première fois que je
suis arrivée dans une classe, j’ai découvert que j’avais un ordi dont l’écran
est incrusté dans le bureau, et deux tableaux, un numérique et un tableau à
craie, comme j’aime et dont j’avais été privée sans raison l’an dernier. Ah,
si, soi-disant pour être moderne !!!
Mes élèves :
Je vais parler d‘abord du groupe de 5ème
(conversation). Ils sont 25. Je les vois le mercredi. Marianne (vous vous
en souvenez, c’est ma chef !) m’avait dit (cette Marianne a le sens des
formules, c’est elle aussi qui nous avait prévenus qu’il y aurait ‘’un peu de
bruit’’ à cause des travaux pendant la semaine dorée) :
« Ce sont des élèves qui ne parlent
pas bien le français, tu seras obligée de leur expliquer en anglais ». OK.
Pas de problème.
Le jour dit, je commence en parlant lentement,
‘’je m’appelle Catherine, je suis Française, je suis votre professeur de français.
Et toi, comment t’appelles-tu ?’’. Peu de réaction, je reprends, je fais
répéter, puis, prise d’un doute, je demande en anglais : « Vous
étudiez le français depuis combien de temps ? ».
« Depuis 10 minutes ! ». Ah,
d’accord, je comprends mieux qu’ils ne « parlent pas bien le
français » !!!
J’ai dû brillamment improviser le reste du
cours car ce que j’avais préparé convenait mal à ces élèves novices en français.
Dès le cours suivant, j’ai repris à la
base. La prononciation. Ça vous semble tout naturel de voir un A et un U et de
dire « o » ou bien un A et un I et de dire « è » mais ce
n’est pas simple du tout. Et je vous assure qu’il y en a des phonèmes
particuliers. AU, AI, OI, IN, EN, AN,
ON, OU, CH, EAU, OIN, IEN, ILLE, et encore plein d’autres. Comme par hasard, de
nombreux mots que j’avais employés en contiennent. Le C cédille, les lettres
qu’on ne prononce pas à la fin des mots … autant de pièges pour ces petits.
En leur apprenant ces différents sons, je
leur donne un peu de vocabulaire que je fais réemployer ensuite. Et je les oblige à parler, à
répéter, …
Ils en sont maintenant à fabriquer des
petites phrases « j’aime les arbres verts », (ah, ce R), « j’aime manger des pommes
rouges », …
La semaine dernière, je les
ai photographiés.
Comme on peut en juger, tous ces élèves sont largement traumatisés par leur prof française !
Je
vais maintenant parler du groupe que je vois le mardi. 25 élèves de 4ème
qui, eux non plus, ne parlaient pas du tout le français en septembre et avec
qui je fais aussi de la ‘’conversation en français’’.
Je
fais avec eux les mêmes cours qu’en 5ème.
Photo
du groupe :
Une idée de mon dernier cours : à gauche, une des diapositives du power point que je prépare à chaque fois ; à droite, sur le tableau à craie, des exemples de phrases fabriquées par les élèves. J’ai recopié les plus intéressantes. La leçon portait sur ‘’il y a’’ et ‘’on’’ avec utilisation de tous les mots ’’fruit’’ et ‘’légume’’ qu’on a vus depuis le début de l’année.
J’ai été très étonnée de m’apercevoir que ce sont les élèves eux-mêmes qui font le ménage dans la classe. J’imagine l’indignation des parents français apprenant que leur cher bambin est obligé de manier le balai dans la salle (qu’il aura contribué à salir).
Que dire d’autre : les élèves chinois se choisissent un prénom occidental. En tout cas ceux que je connais !
Comme
ces élèves-là sont à la base anglicistes (je suis leur seule et unique
ressource en français !), ils ont des prénoms anglais. On va de Jerry à
Cheryll, en passant par Noon, Lily, Issey, Helen ou James.
Dans
un prochain article, je parlerai de mon dernier groupe d’élèves. Un groupe de
15 élèves de 4ème.
Ce
qui me fait en tout 65 élèves, une petite goutte d’eau au sein de ce lycée d’élite,
le meilleur de la région et reconnu comme tel et qui héberge plusieurs milliers
d’élèves (probablement 4 à 5 000) qui vont de la 5ème (première
classe du collège) à la terminale. Élèves triés sur le volet, recrutés sur
concours à tel point qu’ils ne passent pas le Gaokao (équivalent du bac). On
leur attribue sur dossier. Ils préparent des concours aux grandes écoles d’ingénieurs
ou intègrent des universités prestigieuses américaines, canadiennes,
australiennes et autres.
Tous
les lundis matins, dès 7 heures et quart, avant le premier cours, on rassemble
ces milliers d’élèves sur le stade, au son d’une musique très martiale. Défilé,
montée et salut des couleurs, discours des adultes et/ou d’autres élèves qui
leur rappellent leurs objectifs de la semaine et de l’année.







Dommage que je sois en retraite! J'aurais bien voulu connaître ces élèves là, polis, curieux et intéressés, ne cherchant pas à salir systématiquement leur salle de classe, puisqu'ils la nettoieront après..C'est d'une logique implacable! Si tu rencontres un prof de Physique ou de Chimie un jour, dans quelques mois peut être, je serai évidemment curieuse d'en savoir plus sur ces enseignements.Tiens c'est bizarre, je me demande bien pourquoi?
RépondreSupprimerMais vas-tu en salle des profs parfois? Et Une notation des savoirs acquis dans ton cours t'est-il demandé?En tout cas, les outils pédagogiques sont excellents, et je serais curieuse de voir ceux des salles spécialisées.
A part çà j'ai apprécié ton cours de Français, tu as raté ta vocation ma chère, et je suis sûre que "le mettre en place", l'inventer en quelque sorte a dû beaucoup te plaire.C'était rafraîchissant et passionnant.Quand vous rentrerez il faudra m'en donner, çà ne me fera pas de mal!